Lecture de Jean-Christophe Bailly | Dimanche 26 février au Château de Chambord
Lecture de Jean-Christophe Bailly au Château de Chambord le dimanche 26 février à 15h
Entrée gratuite à partir de 14h30 sous réserve des places disponibles
(Livre au Centre enregistrera cette lecture et vous en proposera le podcast sur notre blog arteradio (retrouvez-y des traces de la saison 2011 de lectures au Château : Yves Bonnefoy, Tanguy Viel, Oliver Rohe, Jean-Marie Blas de Roblès, Pierre Michon, disponibles à l’écoute ici.)
Présentation
“Jean-Christophe Bailly est sans conteste aujourd’hui l’un des écrivains les plus essentiels de la littérature française.
Au fil des années et des publications, il s’est imposé comme une figure singulière, à la croisée de la philosophie, du théâtre, de la fiction et de la poésie.
Dans une langue mariant à la perfection précision conceptuelle et sensualité, il a donné des livres importants consacrés aussi bien à la tradition allemande (les romantiques, Büchner et Benjamin), à des artistes (le Fayoum, Monory, Aillaud), aux animaux (Le Versant animal) ou à la langue (Le Propre du langage).
À Chambord, Jean-Christophe Bailly présentera son dernier livre, Le Dépaysement. Voyages en France, qui a reçu le Prix Décembre. Un essai qui, à travers une trentaine de voyages dans différents lieux du territoire, pose la question de l’identité française aujourd’hui, entre glissements de sens, ouvertures, strates historiques et impensé politique : une rencontre passionnante avec un des esprits les plus avisés qui soient, autour de la question posée par Renan voici 130 ans. ” (Yannick Mercoyrol)
La lecture sera suivie d’une discussion autour d’un verre avec l’écrivain.
À propos de Chambord
Dans Le Dépaysement, Jean-Christophe Bailly, au fil de ses errances en France, passe en région Centre (où il travaille, par ailleurs, en donnant des cours à l’Ecole Nationale Supérieure de la Nature et du Paysage à Blois) : à Vendôme et Beaugency, notamment. :
“Beaugency. Pendant des années, presque chaque semaine, j’ai regardé cette ville, telle qu’on la voit depuis le train, sans jamais descendre de celui-ci, allant un peu plus loin, à Blois, pour mon travail : des telle sorte qu’elle restait pour moi inconnue, plus inconnue, je dirais, qu’une ville que je n’aurais traversée ainsi qu’une seule fois ou deux, mais en étant en même temps nimbée d’une petite aura de familiarité, strictement limitée aux bords de la vue qu’on a depuis le train – vue assez ample et belle au demeurant, puisque la voie est en surplomb et domine, côté Loire, un enchevêtrement progressif de toits et de murs où la tonalité sombre de l’ardoise l’emporte au fur et à mesure que les maisons se resserrent, tandis que plus près des voies et de l’autre côté elle ne forme qu’un semis de plans noirs se détachant sur un fond de jardins et d’enclos, particulièrement beaux en hiver sous le givre.”
Ce livre, jamais égocentré ou “géocentré”, jamais cocardier (il est au contraire l’inverse, une tentative, humaniste, d’arpentage d’un certain réel, pour aller à la rencontre, joyeusement sceptique, de l’improbable idée de ce qu’est une nation, de ses rapports avec un territoire), est une suite de fugues (plus que de promenades), de dérives en paysages qui nous racontent leur histoire et d’autres, tant d’autres. Les idées et les sensations fourmillent, s’appellent, se joignent, en toute intelligence, et la richesse et la complexité de cette alliage étrange qu’est la culture d’un érudit aussi atypique que Jean-Christophe Bailly : ce qui nous est offert dans ce livre, d’immense et de relié, l’est sans surplomb, en mode mineur, croirait-on même. Grande élégance que nous faire ce don comme “en passant”, en discrétion, dans une prose à l’avenant : subtilement ouvragée, assez déliée pour qu’y passent mille choses.
À l’occasion de cette lecture en ce haut lieu d’Histoire et de Culture qu’est le Château de Chambord, de ce qu’elle revêt de symbolique, nous avons eu envie, en guise d’introduction, de lui soumettre ce lieu, tel un mot-clé, une entrée supplémentaire du Dépaysement, de le proposer ainsi à sa rêverie active. De lui demander, simplement, quelques mots à propos de Chambord. Il nous a très gentiment répondu et nous l’en remercions. À lire donc, ci-dessous, en quelques mots, ses impressions :
“CHAMBORD
Chambord je m’en souviens comme d’un nom d’enfance, une rumeur, qui partait dans les bois, désignant la chasse et des temps obscurs, François 1er sans aucun doute, c’est-à -dire la salamandre, que j’avais vue, noire tachetée de jaune vif, et peut-être Leonard de Vinci. Il faut le dire, Chambord ce fut aussi le nom d’une berline de luxe imitant les voitures américaines et fabriquée par Simca, une firme qui n’existe plus – mais le château je sais que je l’ai visité en ces temps, avec mes parents (nous longions la Loire pour aller ou revenir de Bretagne), toutefois, de cette visite, je n’ai pas de souvenirs, par contre il n’y a pas si longtemps, quand la région Centre s’occupait encore d’organiser des expositions de photographie, je suis revenu à Chambord, ayant en tête cette fois, surimposé à la rumeur ancienne, tout ce que j’avais pu apprendre des livres et avant tout d’un album au format à l’italienne publié par les éditions Delpire, qui comportait de très belles photos, notamment des vues des terrasses avec les cheminées, et sur la couverture duquel, dans une initiative graphique souvent imitée depuis, figurait le début du texte dont, étrangement, je me souviens encore, ou presque : « la cité folle silencieuse et hantée que nous portons en nous » ou quelque chose d’approchant, mais il suffit de vérifier, aujourd’hui c’est bien facile : dans la couverture qui apparaît sur l’écran, le texte dit exactement : « L’image de la cité radieuse et noire, sage et folle, silencieuse et hantée que nous portons en nous » et il est, comme tout le livre, de Pierre Gascar, écrivain un peu oublié aujourd’hui il me semble et dont je n’ai lu que la biographie qu’il a écrite sur Alexandre de Humboldt. De ces mots ce que je retiens c’est l’identification du château de Chambord à une cité, et si je comprends que cela puisse venir aisément sous la plume, à cause des quantités fabuleuses de salles, de fenêtres, d’escaliers et de cheminées qu’appelle le seul nom retenti du château, je pense qu’en même temps c’est aller un peu vite en besogne, car justement la forme objet et la compacité médiévale du plan s’opposent à cet aspect de ville : un peu plus tard Palladio pourra identifier ville et villa, disant que l’une n’était au fond que la forme développée de l’autre, mais il le fera sur la base des déploiements qu’il avait lui-même conçus, et qui tous, quels qu’ils soient, échappaient aux modèles médiévaux. Or si Chambord relève des idées italianisantes de François 1er , d’une part c’est avec moins d’évidence qu’à Fontainebleau, d’autre part c’est en greffant ces idées sur un socle à la structure massive, avec cette incroyable invention d’un donjon totalement évidé devenu cet escalier à double révolution enfoncé comme une vis dans le sol et montant vers le ciel en s’achevant par une coupole surmontée d’une lanterne, tout se passant comme si les schèmes renaissants avaient eu en France plus qu’ailleurs à s’immiscer au sein d’une matière demeurant en son fond féodale et flamboyante, la géométrie quoique pleine ayant à attendre encore un peu son heure.
Et ce qui s’ensuit, inévitablement, c’est cet aspect solitaire et même désolé que peut prendre cet immense rendez-vous de chasse, hanté sans doute, mais d’abord par le souvenir de toutes ces innombrables nuits où nul n’y dormit et de tous ces jours, aussi nombreux, où aucun mitron, gâte-sauce ou écuyer ne chantonna dans les couloirs ou ne trébucha dans les escaliers. Étrange, très étrange maison vraiment, enveloppée de forêt et que les brouillards matinaux et le brame des cerfs, à l’automne, entourent de phylactères que nul ne peut déchiffrer.”(Jean-Christophe Bailly.)
Réservation vivement conseillée avant le jeudi 23 février 2012
par email ou par téléphone : 02 54 50 40 00 / 02 54 50 40 20
Domaine national de Chambord
41250 Chambord
Avec le soutien de CICLIC / Livre au Centre et en partenariat avec la librairie Labbé
Photo © Hermance Triay
Version pour impression, des élements sont supprimés pour économiser du papier. Mais êtes vous certain de devoir imprimer ?





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