Bon an, mal an | Alain Liévaux
Bon an, mal an
C’est vrai que bon an, mal an
nous sommes vivants et,
dans l’envie de le rester,
nous faisons tout
pour que cela soit enivrant et heureux,
fascinant et joyeux
comme ouvert et généreux
ou encore attentif et passionnant.
Si la nature peut aisément se passer de nous,
de nos incohérences, de nos penchants autodestructeurs,
nous pouvons offrir à la nature le paysage partagé,
la délicate coopération d’une anarchie envoûtante et
d’un désordre plus ou moins maîtrisé et régénérant.
Nous sommes avant que d’être.
Les enfants attendent de nous, sans le savoir et l’énoncer,
des pistes et non des exemples,
des questions et non des affirmations et des dogmes.
Le vivant ne peut être que le mouvement
des questions auxquelles les réponses ne sont
qu’illusions passagères.
L’utilité n’a aucun sens et l’imaginaire ne demande qu’à exploser.
C’est l’art et non la culture qui ouvre les yeux et le cœur
au mouvement du monde
et permet alors de prendre pleinement sa place.
Aujourd’hui l’action culturelle trahit l’acte artistique,
l’enserre dans l’étau modiste de la fadeur du temps,
dans la vitesse d’une communication artificielle et vaine.
Dommage que les enfants ne soient plus des enfants,
ils passent trop vite de la découverte à la certitude,
du brouillon à la course,
du désir à l’erreur nostalgique.
Nos forces sont intactes et il nous faut les mettre toutes
au service de la vie enchantée
oublier ces constructions hypocrites
politiques
religieuses,
il faut s’amuser,
s’enchanter
les uns,
les autres,
partager les immensités
poétiques et spirituelles
sans en attendre quelque retour.
Il n’est qu’un seul espoir,
celui de faire vivre l’inconnu en nous,
cette envie de devenir ce que nous ne sommes pas.
Alain Liévaux 3 janvier 2011.
(Alain Liévaux fut directeur de Livre au Centre de 2003 à 2008 et a initié les Mille lectures d’hiver).
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